Quel sera votre choix ?

Vous êtes devant la vitrine, subjuguée par le bijou. C’est une parure de reine et en même temps, vous vous dites que vous pourriez la porter tous les jours tellement elle semble faite pour vous.

Votre petite voix vous répète que vous n’avez pas le temps pour ces sottises, vous avez passé l’âge de vous attendrir devant une futilité. Vous n’êtes plus une petite fille qui se pâme devant un bijou de princesse parce qu’il brille de mille feux.

Enfin, vous vous dites que ce bijou ne fait pas du tout ce genre là. Il n’est pas clinquant, ni bling-bling, il est juste plein de profondeur et de mystère. Il vous rappelle les histoires mystérieuses que vous aimiez autrefois, avant, avant de devenir sérieuse.

Allez-vous entrer, juste pour l’essayer ?

Non, non. Vous allez vous faire alpaguer par la vendeuse qui saura vous embobiner pour vous faire essayer le collier. Après, vous ne pourrez plus résister et vous l’achèterez.

D’ailleurs, on ne voit même pas le prix. Il doit être cher, très cher. Ce n’est pas la peine de rêver ma pauvre fille, ce n’est pas un bijou pour toi.

Alors dépitée, vous vous détachez de la vitrine et vous partez d’un pas décidé dans la direction du parking. Vous vous sentez forte car vous avez résisté. Ils sont tellement forts ces commerçants pour vous faire miroiter des merveilles à des prix pas possibles et vous faire regretter vos achats juste après, remplie de culpabilité.

Vous êtes arrivée à votre voiture tout à fait sereine et presque fatiguée par l’énergie qu’il vous a fallu pour résister à la tentation. Vous vous installez confortablement au volant, mettez votre ceinture de sécurité et tournez la clé de contact dans la foulée. Silence. Rien ne se passe. La voiture ne démarre pas. Vous vous acharnez à remettre le contact encore et encore mais c’est toujours le point mort. Vous pestez. Vous culpabilisez de vous être attardée devant la vitrine de ce foutu magasin. Vous vous engueulez seule dans votre voiture.

Que faire ?

Vous tentez de vous calmer vous réfléchir. Vous sentez une petite voix malicieuse vous dire : Et si tu retournais au magasin ? Tu as bien besoin d’un petit remontant pour te faire plaisir. Et tout de suite après, l’autre voix, la raisonnable : Mais tu n’y penses pas, faire une dépense alors que ta voiture est foutue !

Et puis, vous êtes trop énervée. Vous ressortez de la voiture en claquant la porte sans même la refermer. Tanpis ! De toute façon, elle ne démarre pas alors qui pourrait bien la voler. Vous repartez d’un bon pas vers la boutique, cette fois bien décidée à entrer pour essayer le collier même si votre petite voix coupable vous dit que vous perdez du temps plutôt que d’appeler le garage avant qu’il ne ferme ou de prendre les transports en commun ou d’appeler quelqu’un pour vous dépanner.

Vous passez la porte du magasin en faisant tinter un signal sonore. Plantée au milieu de la petite boutique, vous attendez que la vendeuse vienne à vous car il n’y a personne pour vous accueillir. Pour patienter, vous faites un petit tour des vitrines disposées tout autour et tentez d’apercevoir de l’intérieur le collier exposé dans la vitrine. Vous ne voyez rien tant le décor est dense et arrangé en coupole au-dessus de l’étalage. Vous désirez essayer quelque chose ? La voix vous fait sursauter tant vous étiez absorbée à dénicher votre collier de l’intérieur.

Vous expliquez votre souhait à la vendeuse qui a l’air sorti d’un conte des 1001 nuits, habillée comme une maharani toute d’or et de safran. Celle-ci prend un air désolé en vous disant qu’elle vient tout juste de le céder à une personne il y a à peine un quart d’heure. Vous êtes tellement déçue mais elle ne vous propose rien d’autre comme l’aurait fait une autre vendeuse. Alors vous lui demandez s’il n’y aurait un autre bijou approchant.

Si vous aviez choisi ce collier aucun autre ne pourra vous satisfaire. Croyez-moi, en choisir un autre par dépit, vous serez terriblement déçue.

Vous repartez de la boutique complètement découragée. Vous vous en voulez et en plus vous allez devoir régler le problème de votre voiture en panne. Sur le trottoir, vos pas vous ramène à votre réalité et vous n’êtes pas vraiment pressée. Vous marchez d’un pas tranquille en réfléchissant au moyen de vous sortir de ce problème.

A un moment vous vous rendez compte que vous avez sûrement dépassé votre voiture et vous faites demi-tour. Toujours pas de voiture. Vous vous seriez trompée de rue ? Vous revenez sur vos pas et refaites le chemin. Non, vous êtes au bon endroit mais votre voiture a complètement disparu. En fait, ce collier vous porte la poisse. Vous avez bien fait de ne pas l’avoir acheté. A moins que ce ne soit le contraire, il se venge de ne pas avoir été acheté. C’est une sorte de malédiction en fait.

Il vous reste une seule chose à faire : appeler quelqu’un pour vous aider. Vous pensez tout de suite à votre meilleure amie mais vous tombez sur son répondeur. Vous laissez un message et vous vous asseyez sur le petit banc devant un gros platane tout près. Vous essayez de vous détendre en fermant les yeux pour respirer calmement et vous persuader qu’il n’y a rien de grave. Tout va bien.

Hé oh ! Véro ! tout va bien ? Vous vous réveillez en sursaut, les yeux inquiets de votre collègue Isa rivés sur vous. Vous balbutiez, les yeux dans le brouillard, le cou engourdi contre votre fauteuil à roulettes. T’as l’air vraiment crevé, tu devrais rentrer chez toi, de toute façon, c’est l’heure de la débauche.

Vous vous redressez, éteignez votre ordinateur et ramassez votre affaire machinalement. çà va aller ? demande toujours inquiète Isa. Oui, oui, t’inquiète, j’ai eu un petit coup de mou.

Vous n’avez qu’une idée en tête. Vérifier si votre rêve en était bien un. Vous n’avez jamais marché aussi vite, vous courez presque pour rejoindre la boutique. Il est là. Aussi beau que dans votre rêve mais était-ce un rêve ?

Quand un bijou vous choisis, n’hésitez plus …

Les rêves sont étranges.

Ils peuvent déserter nos nuits et puis, d’un coup, les hanter des mêmes personnages ou situations pendant une semaine entière.

Certains nous perturbent et nous interrogent. Pourquoi toujours ces autres que je connais, reconnais ou qui me sont de parfaits inconnus et visitent mon esprit. Qu’ont-ils à me dire pour revenir chaque nuit ?

Au matin, on essaie de se les raconter, si l’on arrive à raccorder toutes les bribes de l’histoire. Parfois on les écrit pour s’en rappeler tellement les événements semblent vouloir nous transmettre un message qui reste à décoder.

On se documente, on lit un livre ou deux sur le sujet. On cherche les symboles et les métaphores. On explore notre passé, notre présent, nos dernières contrariétés, ruminations et ce qui nous a remué le ventre, le cœur et l’âme récemment .

On se risque à en parler à un proche ou un.e ami.e si l’on a pas réussi à démêler les fils de la pelote ou pour confirmer la signification que l’on a trouvée.

La version de l’autre ne nous satisfait pas forcément.

Elle nous remet en face de nos peurs, de nos doutes et nous oblige à y faire face. L’autre met en évidence ce que l’on ne voulait pas voir ou nous offre une vision forcément subjective (vraiment ?) qu’il a de nous et de notre vie.

Tobie Nathan dans son livre « Les secrets de nos rêves » rappelle l’importance pour lui de l’interprétateur dans la révélation de la signification de nos rêves. Il aurait le recul nécessaire pour nous montrer les évidences.

Le rêve est un rituel magique.

Si le rêve est récurrent c’est qu’il a quelque chose à nous dire. Écoutons notre rêve et penchons-nous sur notre cas sous peine de toujours faire le même rêve.

Une action à entreprendre

D’ailleurs, ne savons-nous pas au fond de nous ce qu’il demande ? Que représente ce personnage pour nous ? A qui nous fait-il penser ? Ces inconnus qui nous poursuivent. Cet enfant dont nous devons nous occuper et qui a faim. Cette personne ou cette situation que nous avions oubliée. Cette bête sauvage qui tourne autour de nous, ce loup, ce cerf, qui revient nous visiter si souvent la nuit, que représente qui ou quoi pour nous ?

Qui veut être éclair doit rester longtemps nuage. Nietzsche

La doublure de ma veste s’est déchirée. C’est ma collègue qui me l’a fait remarquer. Alors ce soir, j’ai ressorti ma petite trousse de couture et je me suis installée sur mon fauteuil où je suis bien éclairée par la lumière de l’abat-jour. J’ai cherché du fil de la bonne couleur mais je n’ai pas trouvé le vert de la bonne couleur. Du coup, j’ai choisi du bleu foncé que j’ai enfilé sur l’aiguille. De toute manière, cela ne se verra pas à l’envers et les points seront quasiment invisibles.

J’ai pris le pan de ma veste entre les doigts de ma main gauche pour commencer. J’ai tout de suite senti quelque chose à travers le tissu, un peu comme un papier cartonné. Cela m’a intriguée. J’ai voulu savoir ce que c’était et j’ai du découdre un peu plus la doublure pour passer les doigts. J’ai attrapé le papier pour l’extirper du fond de la veste. C’était bien un papier. Un petit bout de papier replié que j’ai ouvert une fois. Deux fois.

Un message avait été inscrit à la main.

C’était peut être un ticket de contrôle mais je n’y ai cru qu’à moitié. D’autant plus qu’il était impossible de déchiffrer l’écriture un peu étrange, entre le hiéroglyphe et l’idéogramme. Je n’en avais jamais vu de cette sorte. Les traces me faisaient penser à une calligraphie asiatique.

J’ai posé le papier sur la table et j’ai tâté l’ensemble de ma veste. J’espérais en trouver d’autres. J’avais l’impression d’être au début d’une course au trésor. Quand on est petit cela arrive. On pense être au début d’un mystère qui mène à un trésor. On s’aperçoit terriblement déçu que ce n’est que la liste de courses de la voisine.

Il n’y avait aucun autre papier dans les méandres de ma veste. Un peu déçue, je suis revenue à la couture de la doublure et je l’ai terminée la tête ailleurs.

Après, j’ai passé le reste de la soirée à chercher dans mes livres et sur l’ordinateur ce qui pourrait ressembler à cette écriture. Je n’ai rien trouvé. C’était peut être un code secret ou juste des signes qui ne voulaient rien dire. Et puis, j’ai pensé à une écriture ancienne.

J’avais une piste à suivre.

C’était la transcription d’un dialecte de Sumatra. Il y avait sur mon écran des signes qui ressemblaient à ceux du petit papier. J’ai trouvé quelque chose et j’ai eu beaucoup de mal à m’endormir ce soir là. Comment faire pour traduire ce message ?

Le lendemain, ma collègue m’a fait remarquer que j’avais recousu la doublure avec un petit sourire auquel je n’ai pas fait attention.

En rentrant du boulot, je suis passée devant la vitrine d’une agence de voyages qui affichait une promotion sur le prochain départ vers Sumatra. J’ai souri.

J’ai suivi mon intuition.

Je suis rentrée dans la boutique pour réserver un billet. C’était trop beau cette coïncidence pour ne pas la suivre.

Quand j’ai raconté çà à ma collègue, elle a éclaté de rire et m’a avoué la supercherie : c’est elle qui avait mis le papier dans ma veste, elle qui avait recopié un message à l’identique, elle qui l’avait trouvé sur internet sans savoir ce qu’il voulait dire, elle qui m’avait fait une blague.

Pour faire bonne figure, je me suis levée l’air fâché. Je suis partie en lui tournant le dos mais si elle avait pu voir mon sourire. J’étais tellement heureuse de partir.

Les rêves c’est çà. Le décodeur c’est nous.

Il n’y a que nous qui pouvons décoder et savoir ce qui se cache derrière nos images mentales construites à l’abri de notre sommeil.

Parfois, il suffit d’un accident, d’une coïncidence ou d’une blague pour révéler ce qui se cache à l’intérieur de nous.

Christine Lenoir

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